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Bretagne

Thomas Auriol

Né⋅e en 1987

Vit et travaille à Rennes

Dans ses premières peintures abstraites, Thomas Auriol invente des formes hybrides provenant de petits dessins improvisés. Ses peintures sont à la fois emplies de lumière et libérées de la pesanteur. Des objets lisses, des taches isolées, flottent dans une incertitude lyrique. Au fil du temps, cet espace est devenu plus complexe, plus varié et plus éclaté. Sa méthode n'est pas hiérarchisante puisque tous les éléments sont traités à plat. Les silhouettes des différentes formes sont devenues floues, se sont entremêlées, laissant place à une soupe colorée. Parfois les teintes coagulent en formes organiques, parfois de petits blocs colorés remontent à la surface, tels des croûtons ou des boulettes. Si cette soupe de rose et de vert est un équivalent de l'espace, c'est à l'état de virtualité permanente, susceptible d'onduler, de se métamorphoser. Enfin, bien que nous n'en ayons pas besoin, les titres des oeuvres renforcent cette absence très productive de repères : Platinos (2017), Tailleur muraille (2019), Oh ma térébenthine (2019), Clin d'œil et coups de coude (2018), Milan sans doute (2018), Tout pareil (2020). Thomas ne laisse que peu de pistes indiquant où l'on se trouve, ses tableaux montrent, à l'évidence, que c'est dans une contrée dynamique, flottante et incertaine.

Les peintures plus récentes de pâtisseries, d'aliens, de jardin, de chaussure ou de tableau de bord peuvent sans doute apparaître ironiques ou loufoques mais elles sont souvent étonnemment harmonieuses. Une image troublante émerge peu à peu sur la toile, comme le fondu de la vidéo. Cette analogie entre son approche picturale et la vidéo ne doit rien au hasard : il a passé quelques années à silloner le monde en tant que caméraman de kitesurf. Il peut sembler, à voir la variété de son travail récent, que tout est fructueux pour ce qui est de quoi peindre et du comment le peindre. Thomas pulvérise à l'aérographe de fines couches de gris colorés, de dégradés pastels et d'étranges couleurs tertiaires sur toile. Ces mélanges de couleurs dysharmonieux de manière subtile, visent à une unité d'ensemble. La surface entière de la toile semble organique. C'est notamment le cas avec Garde-le fort (2020), dominée par un élément central (quelquechose en forme de filtre à café percé d'une corolle) qui résiste à une simple relation figure / fond. Chaque toile établit de la sorte une relation spécifique - unique et complexe - à l'abstraction et à la représentation, et une relation encore plus complexe avec le monde. Ses peintures témoignent de l'éblouissement par les images. Elles bercent et excitent à la fois, permettant un répit d'un genre bien particulier devant l'assaut paralysant des écrans.

Maria Fischer, août 2020.